Les canons à la loupe
Dernier volet de notre trilogie consacrée aux canons, nous analysons ici les principaux facteurs susceptibles de les endommager. A savoir : les piqûres, les gonflements et les coups.
PIQÛRES
CANON LISSE : Si l'âme de votre canon lisse est piquée, il y a toujours possibilité de le réaléser. Cette opération doit être réalisée par un spécialiste (un reforeur). Il utilisera un tour muni d'une baguette ayant un embout spécial du diamètre exact de l'âme du canon concerné (voir schéma 1). Le reforeur imbibe le plomb d'huile et de grains abrasifs. Il fait tourner la baguette tout en effectuant des va-et-vient dans le canon. Le plomb imbibé qui ne se rétracte pas à la chaleur (bien au contraire), joue alors le rôle de "fraise". On obtient ainsi un diamètre d'âme plus grand et votre canon redeviendra impeccable si les piqûres ne sont pas trop profondes. Si elles sont vraiment très marquées, il y a toujours la possibilité de changer les tubes mais, là, le coût sera nettement plus important. A vous de juger si l'enjeu en vaut la chandelle...
CANON RAYÉ : L'opération est plus délicate car un réalésage est impossible. Le nettoyage préventif est donc primordial. Si des piqûres apparaissent malgré tout, redoublez d'attention en surveillant l'évolution tout en intensifiant la fréquence des entretiens. Si les piqûres sont trop profondes, le changement pur et simple de canon est la seule solution.
GONFLEMENTS
Lorsque vous tirez, le canon est soumis à rude épreuve. Il se déforme tel le cou d'une oie gavée au passage du projectile (voir schéma 2). Cette déformation élastique de la matière n'a aucune conséquence pour le canon tant que la pression est raisonnable et que l'acier reste dans son domaine élastique. Mais attention ! Lorsque cette limite (différente suivant chaque type d'acier) est dépassée, la déformation devient définitive. On est alors passé dans le domaine plastique et il y a gonflement. Conséquence regrettable, il faut bien l'avouer, d'une erreur de puissance de cartouche...
L'amplitude de la déformation dépend de la puissance de la cartouche et de l'épaisseur du canon. Ne croyez pas pour autant qu'un "barreau de chaise" vous assure l'impunité : il peut également gonfler ! Les canons sont comme les ressorts : lorsque vous les étirez normalement, ils retrouvent leur état initial. En revanche, s'ils sont trop étirés : ils se déforment définitivement ou ils cassent...La surpression est également dévastatrice pour le mécanisme : barillets éclatés ou déformés, culasses arrachées, etc. Pour autant, une sous pression n'est pas du tout anodine. Elle est en fait tout aussi redoutable que la surpression car plus vicieuse. On a naturellement toujours tendance à penser qu'une sous charge ne peut pas abîmer une arme. Détrompez-vous : la réalité est tout autre car il y a alors accumulation des gaz derrière l'ogive ce qui peut également provoquer un gonflement ! Explication...
Au début de la combustion de la poudre, il y a toujours assez de pression pour faire décoller l'ogive. Celle-ci avance dans le canon, freine en forçant dans les rainures et peut même s'y bloquer si la pression initiale n'est pas suffisante. Mais derrière cette ogive bloquée ou fortement ralentie, il y a une forte concentration des gaz (la poudre étant entièrement brûlée). Ceux-ci cherchent à sortir et peuvent provoquer une surpression derrière l'ogive qui a encore plus de mal à repartir dans un canon rayé. L'ogive sortira (ou non, ça arrive) du canon mais le mal sera fait avec une superbe déformation (le fameux domaine plastique).
CANON LISSE : Si votre canon est gonflé, il peut être récupéré dans certains cas par martelage. Là encore l'opération doit être effectuée par un spécialiste et le canon rééprouvé. Lorsque les canons sont doubles, le martelage est encore plus délicat (à cause des bandes essentiellement). Si le martelage est impossible, il n'y a plus d'autre alternative que de changer le canon.
CANON RAYÉ : En cas de gonflement, il n'y a aucune possibilité de récupération. Le changement est obligatoire.
COUPS ET ENFONCEMENTS
CANON LISSE : Ils sont généralement redressables. Il suffit de passer un jeu de piges (voir schéma 3) au diamètre augmentant tout en tapotant avec un maillet pour faire descendre la pige dans le canon et ainsi relever le coup.
CANON RAYÉ : Si le coup est visible à l'intérieur, vu l'épaisseur des canons: bonjour les dégâts à l'extérieur. Changement obligatoire...
Patrick BIEBUYCK